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" le CNDD et son président restent dans chronogramme " dixit Capitaine Dadis
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Publié le 2, Apr à 13h40   Modifié le 2, Apr à 13h43  
 
 
Depuis l’annonce faite par le chef de l’Etat , de sa volonté d’organiser les élections, on constate une poussée d’adrénaline
 

Depuis l’annonce faite par le chef de l’Etat guinéen, le capitaine Dadis Camara, de sa volonté d’organiser les élections législatives à la fin de cette année, on constate ça et là une poussée d’adrénaline chez la classe politique guinéenne. Cette nouvelle fait aujourd’hui couler beaucoup d’encre et de salive dans les cafés ou sous les gargotes face à un Togbogdji.


Pressé, d’une part par la Communauté internationale qui n’a qu’une seule obsession, «organiser les élections, le reste on verra» et d’autre part, par la classe politique nationale notamment l’opposition qui soupçonne le chef de la Junte de vouloir se maintenir au pouvoir, le chef de l’Etat fixe le cap électoral. Quant à l’opinion, elle reste non seulement dubitative mais surtout tournée vers ses problèmes quotidiens et le feuilleton «Dadis contre les présumés trafiquants».


Toutefois, au sein de cette opinion nationale, il y a ceux qui pensent qu’un an suffirait pour la transition tandis que d’autres estiment qu’il en faudrait deux. Ce débat mérite toute sa place et c’est l’essence même de la démocratie.


Mais mettons de côté les intérêts personnels ou catégoriels pour enfin voir la Guinée en face, où toute la société est à reconstruire. A ce titre, la « rawlingnisation » actuelle du chef de l’Etat a bien démontré avec l’aveu d’Ousmane Conté, fils du feu président Lansana Conté, que l’Etat guinéen avait cessé d’exister au profit d’un cartel. Face à cette situation observée aujourd’hui par la majorité des guinéens et qui frise le gangstérisme, des interrogations non moins importantes nous viennent inéluctablement à l’esprit.


En effet, les structures administratives, vu leur déliquescence actuelle, peuvent-elles mener convenablement des élections au cours de cette année quand on sait qu’une bonne administration est un des gages d’une bonne organisation électorale ?


Techniquement, sur le plan électoral, les élections sont-elles possibles au cours de l’année ? La question est pertinente, surtout, si l’on tient compte des nouvelles méthodes adoptées et des choix technologiques privilégiés par le CENI et les partenaires internationaux, notamment l’introduction de la carte digitalisée en vue d’un processus d’identification fiable des électeurs.


Matériellement, les nombreuses difficultés d’ordre logistique et sécuritaire sont-elles réglées pour se mettre à l’abri contre d’éventuelles manipulations partisanes ? Le chronogramme arrêté récemment par les forces vives est-il réaliste ? La problématique temporelle demeure aussi, si l’on examine la demande des forces vives concernant l’enrôlement des électeurs et le retard pris dans l’identification des électeurs dans certaines zones reculées du pays. Rappelons, à ce titre, que certains endroits n’ont même pas encore mis en place leur Commission de Révision des listes électorales.


De même, le chronogramme des forces vives prévoit la publication et la correction du fichier électoral pour les mois de mai et juin 2009. Or, l’expérience nous montre que pour que le fichier électoral soit fiable, il faudrait prévoir au niveau de deux activités pré-électorales essentielles des mesures d’accompagnement notamment la sensibilisation des électeurs et formation du personnel.


Sur le plan financier, où en est-on ? D’après quelques indiscrétions de la CENI, la situation financière serait difficile. Pour réussir l’ensemble des activités pré-électorales sensibles, la Communauté internationale notamment le PNUD et l’Union Européenne (principaux bailleurs fonds) ont prévu un appui financier à hauteur de 22 millions de dollars à condition que l’Etat guinéen débloque pour sa part de 7 milliards de francs guinéens avant la fin du mois de mars 2009. Non seulement, ce délai est dépassé mais la pratique nous révèle également que les mécanismes de décaissement des sommes promises par la Communauté internationale sont très lourds, ce qui laisse penser que la CENI ne pourra pas disposer de ces 22 millions de dollars dans les délais requis.


Par ailleurs, n’oublions pas la question constitutionnelle. Sur quelle base légale pourrait s’appuyer les futurs députés pour fonder leur légitimité ? Un projet constitutionnel ne devrait-il pas être soumis au préalable à l’approbation du peuple guinéen afin de donner une meilleure légitimité à sa future assemblée ?


Si, en principe, les élections apportent une clarification formelle du paysage politique, force est de constater que dans le contexte actuel guinéen, organiser des élections d’ici la fin de l’année risquerait de ne pas aboutir nécessairement aux vœux des guinéens : restauration de l’autorité de l’Etat, assainissement de l’administration centrale, informatisation de cette même administration en vue de mieux sécuriser les finances publiques et de rendre plus fiable le processus électoral. Des élections rapprochées n’auraient-elles pas l'inconvénient de faire place à la politique politicienne au détriment de ces priorités fondamentales ?


Rappelons à ce titre, le coup d’état de Jerry Rawlings. Ce dernier, dans la précipitation, avait organisé des élections à l’issue desquelles Hilla Limann avait remporté la présidence l’année même de son coup d’état. Le changement de dirigeant n’avait-il pas conduit le retour de Jerry Rawlings : un second coup d’Etat.


De même en Côte d’Ivoire, l’empressement électoral orchestré par le Général Robert Géi sous la pression de toute part n’avait-il pas conduit à un scrutin dans «des conditions calamiteuses», selon l’expression même du vainqueur Laurent Gbagbo. Quelle a été la suite ? Contestations ? Impasse ?


Certes, il faut aller vite vers les élections et ceci dans un délai raisonnable. Deux ans semblent bien convenir, ne serait-ce que pour des raisons dites de «nécessité pragmatique», termes utilisés récemment par les Nations-Unies pour valider le report des élections au mois d’août 2009 en Afghanistan alors que la Constitution afghane les prévoyait un mois avant la fin du mandat présidentiel actuel, soit au mois de mai prochain.


Dans la situation actuelle, deux exigences s’imposent, lorsqu’on a une haute idée de la nation guinéenne. Une exigence de soutien et une exigence de vigilance.


Soutenir pour faire triompher l’avenir


Pour la première exigence, il s'agit de soutenir le CNDD pour assainir l’Etat, la justice, la police et surtout l’armée afin de dégager un paysage politique sain. Il s’agit de soutenir le CNDD pour aborder les étapes à venir dans le cadre d'une mobilisation générale et de gagner le pari des prochaines échéances électorales dans des conditions justes et transparentes. Il s’agit de soutenir le CNDD afin qu’il profite de l’opportunité pour mettre en place une véritable commission « vérité et réconciliation » sur le modèle sud-africain. Cette mise en œuvre permettra d’une part à toutes les victimes du fait de l’Etat de la première République à la seconde de faire leur deuil de la façon la plus convenable et d’autre part à la nation guinéenne de tourner les pages douloureuses de son histoire et de retrouver en fin de compte la confiance en elle-même. Pour terminer, il s’agit de soutenir le CNDD pour qu’il dépolitise au maximum la transition afin que la neutralité et l’objectivité puissent être moins contestées. Une transition réussie est celle qui est la moins politisée.


Vigilance pour préserver les Acquis


La seconde exigence est celle de la vigilance. En effet, dans le «maquis guinéen» hérité du précédent régime, il y a des acquis à préserver comme la liberté de presse et l’unité du pays. Rappelons que la Guinée a pu éviter de tomber dans le tourbillon des violences civiles comme l’ont connu la plupart des pays limitrophes dans les années 9O.


Sauf à croire que l’annonce faite par le chef de l’Etat consiste à distraire la classe politique ou la Communauté internationale pour desserrer l’étau autour de lui et renflouer les caisses de l’Etat, victimes collatérales de la crise économique mondiale, le compte à rebours menant aux élections semble démarrer. Au sein des partis, les couteaux s’aiguisent, pardon, les programmes se révèlent. Tout paraît indiquer qu’on s’achemine vers la réalisation des élections voulues par la Communauté internationale et l’opposition; à moins d’un ultime coup de théâtre. Qui sait ?


Dr Ibrahima Diallo


Chroniqueur politique et juridique


La Redaction de L''Independant
Conakry, Guinée

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