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" le CNDD et son président restent dans chronogramme " dixit Capitaine Dadis
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Publié le 1, Jun à 7h12   Modifié le 1, Jun à 7h15  
 
 
 

Son nom est intimement lié à l'évolution de la nation guinéenne à travers son engagement pour une société démocratique plus harmonieuse sur la terre qui l'a vu naître il y a 78 ans. Le charismatique opposant guinéen a rendu l'âme à Paris ce 25 mai, fête de l'Afrique. Tout un symbole. Ses compagnons de lutte, amis mais aussi adversaires politiques saluent unanimement la mémoire d'un grand leader qui a su marqué son temps...

Maintenant qu'il est mort, c'est certain, il aura droit à tous les honneurs (même si, soit écrit en passant, le Cndd du capitaine Dadis lui a décerné sur son lit de mort, diront certains, une médaille d'honneur). C'est indéniable, désormais que Bâ Mamadou n'est plus de ce monde, on lui reconnaîtra enfin le rôle immense qui a été le sien dans l'instauration de la démocratie en Guinée et son combat d'un demi siècle pour le mieux être de ses compatriotes. Hélas... ! Seulement maintenant.

Le doyen Bâ Mamadou qui vient de quitter définitivement sa famille, ses proches et amis, vaincu par la maladie, a été de tous les combats pour faire de la Guinée un pays normal, un pays comme les autres... doté d'institutions permettant aux Guinéens de sortir de cinquante années de sous développement et de misère. En vain. Il laisse la Guinée en piteux état. Et pourtant...

Exilé sous Sékou Touré, opposant irréductible de Lansana Conté qui le fit emprisonner en 1998 (malgré une santé précaire déjà) par son ministre de la Sécurité d'alors Koureissi Condé durant trois mois dans l'affaire Kaporo Rails, Ba Mamadou a payé un lourd tribut pour son engagement politique afin de voir se réaliser ses rêves d'une Guinée prospère.

S'il n'a pas réussi à accéder à la magistrature suprême pour changer le Guinéen comme il aimait à le dire, son courage, sa détermination sans faille ont permis à des millions de jeunes guinéens d'espérer. Espoirs, lutte permanente... des leitmotiv qu'il a légués en héritage à ses compagnons et à tous les démocrates de son pays, font du doyen Bâ Mamadou un chantre de l'émancipation guinéenne, un ardent défenseur des libertés tout court.

Souvent incompris, parfois taxé d'ethnostratège, pour ne pas écrire ethnocentriste /on se souvient encore de son fameux “maintenant c'est le tour des peuls de prendre le pouvoir” en 1993, Bâ Mamadou dérangeait par sa fougue mais aussi et surtout par son franc-parler légendaire. Au cours des très nombreuses interviews qu'il acceptait volontiers de m'accorder régulièrement pour commenter l'actualité (sans jamais se dérober), se dégageaient sagesse et amertume, frustrations et douleurs, colère et haine, incompréhensions et mécontentements, provocations et envie de découdre, (jamais de méchanceté).



Il revenait au finish au journaliste que j'étais de censurer de temps à autre ses propos pour tenir compte d'un certain équilibre. Tout en respectant l'auto censure, de règle, au pays de feu général Lansana Conté. Evidemment le doyen le découvrait après publication mais ne m'en a jamais tenu rigueur comprenant les difficultés des journalistes dans un régime comme celui de la Guinée. Bâ Mamadou était ainsi fait. Il n'a jamais changé. Lorsqu'en 1995 je lui ai fait remarqué au cours d'une interview que les neuf députés de son parti Unr étaient tous peuls (l'une des raisons pour laquelle le Pr. Charles Diané avait claqué la porte de sa formation politique), il eut cette réponse lancinante :



“j'ai obtenu 500 voix a Kouroussa; il faut être complètement fou pour prendre un gars de cette préfecture et l'envoyer à l'Assemblée”. Avait-il raison ? Ce n'était politiquement pas très correct. Mais le doyen aimait persister dans la provocation pour créer le débat et arriver à ses fins. Est-ce pour la même raison qu'il avait voulu s'allier “au diable” après les présidentielles de 1993 en signant un pacte avec le Pup? Une chose est sure : certaines de ses prises de position osées (c'est le seul leader politique guinéen a avoir demandé publiquement à la télévision à Lansana Conté d'indiquer aux Guinéens qui était son père) ainsi que ses alliances (contre nature) ont très souvent desservi son combat politique car il n'hésitait pas à remettre en cause bon nombre de ces alliances. Ce fut le cas avec Siradiou Diallo. Mais pour le Doyen, en politique rien n'était définitivement écrit. Il aimait la provocation, c'était sa force.

C'est ce qu'il m'a répété en décembre 2008 au lendemain du coup d'Etat de Moussa Dadis et de ses compagnons lorsque nous avons évoqué les propos particulièrement virulents contenus dans son interview diffusée sur RFI ou il analysait avec les mots qu'il fallait, la nouvelle donne politico-militaire en Guinée. Ce fut notre dernière revue de presse. Elle se termina ainsi, dans un éclat de rires : “ j'ai dit ce que je pense sur RFI, je n'ai peur de rien, celui qui n'est pas content, tant pis...”.

Que Dieu, dans sa grandeur infinie, reçoive l'âme du doyen Bâ Mamadou dans son Paradis pour un repos (enfin) éternel.




Aladji Cellou
Florence, Italie


La Redaction de L''Independant
Conakry, Guinée

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